Développé par Arc System Works, édité par Sammy Studios
Je regrette d’avoir paumé mon test de Guilty Gear X sur Dreamcast. Il était à la fois objectif, long et passionnant. Il aurait pu servir de sujet d’étude aux universitaires options littéraires ou philosophiques. Vous auriez pu le présenter à vos enfants, les yeux embués de fierté, en leur disant « Je connais le mec qui a écrit ça, j’ai même discuté avec lui sur un forum ! ». Et ils vous auraient jeté un regard où se mêlent l’émerveillement et la crainte pour votre santé mentale, directement proportionnelle à leur santé physique. Et…
Oui ? Ah pardon. Je me suis un peu emporté. Foin de passéisme et place au présent, après un petit retour en arrière. Au début c’était simple, il n’y avait que Guilty Gear. Après ça, il y a eu Guilty Gear X, et c’est à partir de là que les emmerdes commencent. Parce que derrière, il y a eu des versions portables (les Guilty Gear Petit de la WonderSwan) et nombre de révisions : Guilty Gear X Plus, l’Advance Edition, la version 1.5, etc. Et finalement, on en arrive à ce Guilty Gear X2, également connu en tant que Guilty Gear XX et supportant lui aussi plusieurs mises à jour (Slash, #Reload, Guilty Gear^ (prononcer « accent »), ^Core, ^Core Plus, ^Core Plus R…). Ici, nous nous intéresserons donc à l’original, en passant sous silence tous les petits changements minimalistes des différentes versions.
QU’EST-CE QU’IL FAIT ? QU’EST-CE QU’IL A ? QUI C’EST CELUI-LA ?
Du point de vue de l’histoire, peu de choses ont changé. La guerre sainte se poursuit entre les humains et les Gears, des êtres dont l’ADN a été modifié par magie. On a appris dans Guilty Gear X (même si on l’avait entrevu dans le premier jeu) l’existence de celui qui tire les ficelles, et dont on ne connait jusqu’ici ni le nom ni même l’apparence. On le désigne simplement en tant que That Man. Dans cet épisode, qui se déroule deux semaines après le précédent, la principale menace se nomme I-No, mélange improbable entre Ma Sorcière Bien-Aimée et Ozzy Osbourne, qui estime que toute personne sur la planète ou presque est une menace potentielle, et qui décide donc d’attaquer préventivement. That Man fait tout pour la récupérer et nettoyer le bordel qu’elle a foutu, et le Bureau est également à pied d’oeuvre.
COMPLETEMENT TOQUE, CE MEC-LA, COMPLETEMENT GAGA.
Guilty Gear X2 est un beat’em up en deux dimensions qui propose de nombreux modes de jeu. Rien de très spécifique non plus, mais en plus de l’arcade et du versus classiques, on trouve un mode entraînement (ouah, révolutionnaire !), un mode mission où vous devez réussir des objectifs spécifiques avec les persos, un mode survie qui s’étend sur des centaines de rounds, ou encore un mode scénarisé…
Vingt-trois personnages sont au programme, sans compter les versions EX et SP (respectivement, une version avec de nouveaux coups et une limite invincible). Parmi eux, quelques nouvelles têtes, parmi lesquelles la I-NO précitée, mais aussi Bridget, une espèce de bonne soeur chasseuse de primes, Zappa, un mec tout tordu, Slayer, un vampire catho (!), ou encore une version robotisée du héros frenchy Ky Kiske, justement baptisée Robo-Ky.
Pour le reste, la série des Guilty Gear est reconnue pour sa technicité, et cet opus ne déroge pas à la règle. Le plus simple à appréhender, ce sont les commandes : un bouton pour les coups de pieds (croix), un pour les coups de poings (carré) et deux pour les Slash (triangle et cercle), ou coups armés. La gachette R2 permet de provoquer l’adversaire, et R1 remplace le combo triangle + cercle : cela permet de réaliser un launcher, appelé Dust Move dans la série.
Parlons un peu des différentes jauges, maintenant. La jauge de santé, vous connaissez le principe : si elle se vide, vous avez perdu le round. La jauge de garde se remplit à mesure que vous bloquez les coups adverses, et si elle est pleine, vous risquez une contre-attaque imparable. Ca vous apprendra à la jouer trop défensive.
La jauge de tension se remplit à mesure que vous attaquez, et il est nécessaire qu’elle soit remplie au moins partiellement pour réaliser un Overdrive (un super coup spécial, quoi) ou une Faultless Defense (une garde impénétrable). Elle est également nécessaire pour la réalisation d’un Instant Kill (l’équivalent des Desperation Moves de Fatal Fury, qui se réalise en passant en Instant Kill Mode (appuyez sur les quatre boutons d’attaque à la fois)) ou d’un Roman Cancel, que j’expliciterai un peu plus loin.
Reste la jauge de Burst, la petite nouvelle. Elle se remplit comme la jauge de tension, mais dure d’un round sur l’autre. Lorsque le mot Burst clignote, vous pouvez déclencher une Burst Attack en appuyant sur la gachette de Dust et un autre bouton d’attaque. Si votre Burst Attack est déclenchée en phase de défense, la jauge se vide entièrement et vous réalisez un combo breaker, autrement dit, vous repoussez l’adversaire et pouvez lui placer une contre-attaque. Si elle est réalisée en phase d’attaque, et que vous parvenez à toucher l’adversaire, votre jauge se vide aux trois quarts mais la jauge de tension se remplit d’un coup.
En dehors des coups de base et des attaques spéciales, Guilty Gear X2 - et toute la série, du reste - repose sur un système complet comprenant des doubles sauts (haut, haut), des sauts géants (bas, haut), des dashes avant et arrière (appuyez deux fois de suite dans la direction voulue), des balayettes (bas + Dust), des mises au sol (Dust lors d’un saut), des projections (avant ou arrière + gros Slash) y compris dans les airs, des recovers y compris dans les airs, etc.
Et surtout, tout un système de combos excessivement évolué. On peut combotter au sol ou dans les airs, après un launcher. On peut bien entendu bloquer une attaque ou carrément réaliser une Faultless Defense, mais on peut aussi contre-attaquer. Et puis surtout, on peut feinter, et c’est l’essence même de la saga. Quasiment n’importe quel coup de base peut être annulé (on parle de cancel, désolé pour tous ces anglicismes) : autrement dit, en plein milieu de l’animation du coup, vous pouvez entrer une commande pour « transformer » votre coup de base en coup spécial. Ou, pour certains, en saut, pour éviter tout temps de latence une fois votre attaque sortie. Plus fort, vous pouvez réaliser un Faultless Defense Cancel, autrement dit annuler un coup de base par une défense sans faute ! Et puis il y a le coeur de la meule, la lentille du Puy AOC, la meringue au milieu du Mystère : le Roman Cancel. En appuyant tout bêtement sur trois boutons d’attaque (hors Dust) durant l’animation de votre coup, vous annulez tout temps de latence et pouvez attaquer immédiatement derrière, au prix de la moitié de votre jauge de tension. Il existe même pour certains coups, depuis cet épisode, le faux Roman Cancel, encore plus pointu niveau timing, mais ne coûtant plus qu’un quart de votre jauge.
IL A UNE DROLE DE TETE, CE TYPE-LA.
La série des Guilty Gear jouit d’un chara-design assez unique. Plutôt cartoony, les personnages ont de l’allure et se battent avec un peu tout et n’importe quoi (ancre de bâteau, cheveux vivants, ombre indépendante, guitare électrique ou encore hache totalement disproportionnée). Cet épisode en remet une couche supplémentaire avec de nouveaux arrivants dans la tendance de la saga et des décors toujours plus colorés et détaillés. Tout ce joli monde se meut avec une fluidité exemplaire (quoique l’animation est tout de même plus rigide que sur les derniers Street de Capcom), et pour peu que vous aimiez le genre, les longs riffs de guitare électrique et les grosses caisses déchaînées sauront charmer vos oreilles comme la patte graphique charme vos yeux.
Pour le reste, Arc System Works a développé son format de beat’em up à l’écart des deux grandes écoles du genre (SNK et Capcom pour ne pas les nommer), piochant ça et là des idées tout en construisant son propre schéma. L’ensemble se montre très élitiste et ne plaira sans doute pas aux néophytes du genre, mais si vous acceptez de passer quelques temps en apprentissage, il se pourrait bien que vous finissiez par prendre du plaisir à découvrir une autre approche du genre. Guilty Gear X2 offre en tout cas de quoi s’en mettre joyeusement plein la poire pendant des dizaines et des dizaines d’heures. Ne serait-ce que pour décrocher les personnages cachés (Justice, Kliff Undersn et Robo-Ky), il vous faudra atteindre au minimum le niveau 230 (sic) du mode Survie !