Wing Commander est un jeu vidéo PC publié par Origin Systemsen 1990 .

  • 1990
  • Simulation

Test du jeu vidéo Wing Commander

4/5 — Exceptionnel ! par

« In the distant future, mankind is locked in a deadly war. »

Nous sommes en 1990. Cette année-là, le PC va voir naître une des grandes sagas du jeu vidéo. Cet univers, imaginé par Chris Roberts sous les couleurs d’Origin Systems, accouchera de plusieurs jeux, d’un film et même d’une série de dessins animés, le tout avec plus ou moins de réussite et de succès. Ce premier épisode va permettre de mettre en place l’univers. Du « Space Opera » (un univers futuriste dont le cadre n’est autre que l’espace intersidéral) plutôt fouillé, d’une certaine originalité et mâtiné de sitcom. Wing Commander premier du nom est l’un des tous premiers simulateurs spatiaux bénéficiant de graphismes qui ne soient pas en 3D fil de fer, et d’un univers bien présenté grâce aux nombreuses scènes en dehors des missions et un manuel d’utilisation écrit comme un magazine pour pilotes, et qui comporte moult informations pour étayer l’univers. Wing Commander et sa suite Wing Commander 2 vont marquer l’histoire du jeu vidéo et seront des références de la simulation spatiale. Malheureusement, les autres suites vont subir un peu plus de concurrence et feront plus pâle figure, face notamment à des jeux comme la série des Star Wars X-Wing et TIE Figther puis, plus tard, le premier Freespace.

Il faut noter que Chris Roberts quitte Origin en 1996 pour participer à la création de Digital Anvil. Il ne participera pas aux derniers jeux basés sur l’univers de Wing Commander mais lancera chez Digital Anvil deux projets qui ne sont autres que Starlancer et Freelancer, deux pointures en simulation spatiale. Il quitte Digital Anvil lorsque Microsoft acquiert ce studio de développement. Il ne participera pas entièrement au projet Freelancer qui est à l’époque un projet hyper-ambitieux.

Mais revenons à nos moutons.

Only you can save mankind

Nous sommes en 2654. La confédération terrienne subit une guerre meurtrière face à l’empire de Kilrah. Cette guerre semble ne jamais vouloir s’arrêter et dure maintenant depuis 25 ans, depuis la première rencontre avec les Kilrathis. Les Kilrathis sont des félins bipèdes de grande taille, chasseurs nés et vivant dans un système presque féodal fortement lié à leur religion. Chez eux, l’échec est synonyme de mort. Ils vivent pour chasser, tester leur habileté au combat et soumettre les plus faibles par la force. En 2629, lorsqu’une patrouille terrienne rencontre pour la première fois un vaisseau kilrathi, les félins abattent le convoi sans même essayer de communiquer ; cet évènement marque le début de la guerre.

Vous êtes un jeune pilote sans nom (il vous reviendra de le nommer et de lui trouver un surnom) fraîchement débarqué de l’académie de pilotage terrienne. Vous êtes affecté au « Tiger’s Claw », un vaisseau amiral de haute technologie. Personne ne le sait encore, mais vous êtes l’homme qui tombe à pic et va sauver le monde et l’univers. Rien que ça.

Le miel et les abeilles

Une fois votre nom et surnom choisi, on se lance dans l’aventure et… tiens, on commence gentiment par pouvoir discuter avec le barman du vaisseau et vos coéquipiers. C’est un des gros atouts du jeu. Il est très scénarisé afin de vous plonger au maximum dans l’ambiance. Il faut avouer que c’est réussi. Tous les protagonistes ont une personnalité marquée, du mécano toujours très moqueur lorsque vous lui ramenez un chasseur en mauvais état au colonel qui n’y va pas par quatre chemins pour vous dire que la situation est mal engagée. C’est un atout fort du jeu. Les personnages sont vraiment attachants et on aime voir évoluer tout ce petit monde au sein du vaisseau amiral qui doit sauver l’humanité. Les personnages sont d’ailleurs assez caricaturaux. Nous avons le jeune prodige qui en fait trop, la jeune femme qui étudie toutes les statistiques de pilotage, le vieux briscard proche de la retraite, le pilote tout droit sorti de son ranch et qui fume des cigares gros comme des pouces, le pilote froid et calculateur qui est devenu ainsi suite au meurtre de membres de sa famille par des Kilrathis, l’ancien jeune prodige fou reconverti en sage pour donner le bon exemple aux jeunes, le jeune pacifiste incompris et même une Asiatique qu’on s’attendrait presque à entendre citer un vieux proverbe à la fin de chaque conversation. La personnalité de vos coéquipiers se ressent dans leur façon de piloter. On s’attache à ses coéquipiers et on fait tout pour ne pas les perdre en mission (enfin peut-être pas tout…). Car vous pouvez les perdre au combat et ainsi manquer certains éléments de l’histoire. Le tout est fait sur un ton plutôt sitcom qui donne tout son cachet à l’ensemble. De plus, suite à certaines missions-clefs, vous pourrez bénéficier de petits séquences racontant l’avancement de la guerre. Mais sautons un peu dans le cockpit.

Tiens, le jeu ne ressemble pas à ce qu’on voit sur la boîte

Comme c’est étonnant. Allez, on s’y attendait un peu, c’était le style de l’époque, attirer les foules avec une jaquette possédant des graphismes tirés d’une version que vous ne connaîtrez jamais.

On se lance dans la première mission. Une mission toute bête de reconnaissance du système où vous venez tout juste d’arriver. Votre colonel vous propose un petit chasseur léger. Le briefing est une séquence animée. Une fois vos objectifs expliqués, vous courez à votre chasseur, prêt à titiller de la boule de poil. C’est là qu’on découvre le moteur. C’est en fait de la 3D très simple mais recouverte de textures. Les vaisseaux ne sont probablement que des petites cubes ou des points, mais ils sont affichés uniquement avec des images bitmaps permettant de les représenter de face, de trois quarts, etc. Le rendu est très daté, mais à l’époque c’était un excellent moyen d’avoir un rendu à la fois beau et fluide. Le jeu est beau pour son époque ; par contre les collisions peuvent paraître approximative de nos jours, mais c’était sûrement le prix à payer pour avoir un jeu fluide avec un bon rendu visuel. Le rendu ressemble un peu à un jeu de Super NES utilisant le mode 7 avec zoom et rotation. Wing Commander sera d’ailleurs plus tard adapté sur Super NES. Malheureusement, les collisions posent problème, notamment lors de l’attaque de vaisseaux amiraux qui sont difficiles à survoler de près sous peine de rentrer dedans sans trop comprendre pourquoi (en plus de subir un zoom assez moche de l’image bitmap). A l’époque, on oubliait facilement le problème ; de nos jours ça paraît inconcevable. Les lasers sont représentés par des boules, c’est très bizarre, mais tellement kitch. On note également quelques ralentissements lorsqu’ils y a trop d’ennemis dans la zone de combat.

On fait rapidement le tour des fonctions du chasseur. Vous possédez des canons consommant une réserve d’énergie qui se recharge automatiquement lorsque vous ne tirez plus, quelques missiles et un réservoir de carburant qui ne sert que pour la post-combustion (un booster qui permet d’atteindre environ 3 fois la vitesse maximum du vaisseau pour un court instant).

C’est l’heure de la première rencontre avec l’ennemi. Ce qui frappe en premier, c’est que vos adversaires vous insultent. Il ne faut pas se laisser faire, on peut les insulter à son tour, c’est amusant. La deuxième chose qui frappe c’est un effet de glissade dans le pilotage. Oui, vous êtes dans l’espace et on se s’arrête pas comme ça lorsqu’on donne un coup de booster. Cela permet de mettre au point tout un tas de tactiques de combat très efficaces pour pouvoir canarder les vaisseaux ennemis en effectuant des glissades de côté ou d’autres cabrioles. Ceci apporte un intérêt particulier au jeu car vous pouvez imaginer plein de ruses de Sioux pour leurrer l’adversaire et ses missiles. Le dogfight (combat entre chasseurs) est assez technique, chaque vaisseau allié ou ennemi possède ses avantages et ses inconvénients. Ce qui permet encore d’adapter ses techniques par rapport à son propre vaisseau ou aux chasseurs ennemis rencontrés. Par contre, il existe un défaut de la jouabilité que je n’avais pas du tout remarqué à l’époque. Lorsque vous appuyez sur la touche de tir, si vous faites tourner votre vaisseau dans une direction tout en maintenant la touche de tir enfoncée, vous continuerez à tourner dans cette direction. Ce défaut disparaît si vous jouez à la souris. C’est perturbant au début, mais ça passe après quelques missions. Pendant les phases de vol, vous pouvez accéder à toutes les informations utiles sur votre vaisseau dans la partie du cockpit qui est affichée : vos jauges d’énergie et de carburant, les armes sélectionnées, votre vitesse et un écran d’informations sur le trajet à suivre qui switche sur des informations sur les vaisseaux ciblés quand vous appuyez sur la touche adéquate.

Puisqu’on parle de chasseurs, la confédération terrienne possède quatre types de chasseurs : un léger, deux moyens et un lourd. Quant aux Kilrathis, ils ne sont pas en reste avec cinq chasseurs différents : deux légers, un moyen et deux lourds. Chaque vaisseau est équipé d’une épaisseur de blindage avant, arrière, gauche et droite. Plus le blindage est lourd, plus le vaisseau est lent, aussi bien en vitesse de pointe qu’en capacité de rotation. Vous possédez également un bouclier avant/arrière qui possède la capacité de se recharger. Quand l’ennemi commence à entamer votre blindage, vous pouvez subir des dégâts sur vos équipements et subir la perte d’un canon ou avoir une vitesse de pointe diminuée. Il existe ensuite différents types de canons possédant chacun leur distance de tir, coup en énergie et capacité de pénétration. Pour finir, vous disposez de quatre types de missiles, du plus simple sans système de verrouillage au plus compliqué se verrouillant sur la forme du vaisseau.

Au cours du jeu vous aller devoir effectuer différents types de missions. Cela pourra être de la simple reconnaissance, une escorte de transport ou de destroyer ou bien une attaque sur un vaisseau amiral adverse. Toutes ces missions présentent des challenges différents et sont vraiment amusantes à faire. Parfois vous croiserez la route de pilotes kilrathis de renom qui seront beaucoup plus difficiles à descendre.

If not you, who else

Une des premières constatations après quelques missions est que vous êtes visiblement plus fort que tous vos coéquipiers ou bien qu’ils ont un niveau affligeant. Il est coutumier de revenir à la base avec un palmarès d’une dizaine de vaisseaux abattus alors que votre coéquipier n’en a descendu qu’un ou deux. On se sent vraiment le plus fort. Ce n’est pas pour nous déplaire, mais quand même, un peu plus d’aide sur les missions difficiles, ça n’aurait pas été de refus.

Venons-en aux missions et à vos réussites… ou échecs. Le jeu possède un arbre des missions. Ces missions sont regroupées par système. Si vous réussissez les missions-clefs d’un système, vous ferez avancer l’histoire de façon positive et vous vous déplacerez vers un nouveau système. En cas d’échec, l’histoire avancera de façon négative et vous reculerez vers un autre système. En plus de cela, si vous échouez dans un système, cela ne marque pas la fin du jeu ; vous avez encore la possibilité de vous rattraper dans le système suivant et ainsi de faire avancer positivement la campagne. Bien évidemment, si vous échouez dans trop de systèmes, vous échouerez dans votre campagne. Il existe donc deux fins, une victorieuse et une autre désastreuse.

Au fil des missions et des systèmes, vous pourrez gagner des décorations, toujours en fonction de votre réussite. Ainsi, vous pouvez recevoir des médailles et avoir des promotions. Vous commencez second lieutenant et vous pouvez finir major. De même, selon votre réussite, vous serez affecté à des escadrons différents, et c’est ainsi que vous pouvez accéder à des chasseurs plus puissants.

Quoiqu’il en soit, à la fin, l’avenir de l’humanité repose sur vos épaules. Et on comprend pourquoi lorsqu’on voit le niveau de vos coéquipiers.

Dans l’espace, personne ne vous entendra crier

Il n’y a pas de grandes compositions musicales dans ce jeu, mais les musiques servent l’action correctement. On pourrait regretter de ne pas avoir de morceaux plus homériques, mais la vérité, c’est que quand vous avez trois missiles aux fesses, vous entendez rarement la musique. Les bruitages quant à eux sont dans le ton du jeu. Bruits de lasers, de missiles, de post-combustion ou de collisions rendent bien, mais sont quand même très datés eux aussi. D’ailleurs, à ce niveau, le jeu n’est pas exempt de bugs. Il arrive régulièrement que le son se coupe, voire pire, qu’il se bloque sur un bruit de souffle horrible. Pour régler cela, il suffit souvent de relancer le jeu. C’est toujours un peu énervant.

Heureusement, dans les phases scénaristiques inter-missions, la musique est plutôt agréable. Petit détail amusant : lorsque vous rentrez à la base, la musique dépendra de votre victoire ou de votre défaite.

Die ! Furball !

Voyons voir. Nous avons là un jeu innovant et correctement réalisé malgré des bugs sonores et les collisions approximatives. Le combat spatial possède une bonne jouabilité pour l’époque avec quelques particularités, une bonne mise en scène, une bonne variété dans les objectifs et les tactiques à appliquer pour les remplir. On s’amuse vraiment à suivre l’histoire de notre escadron et l’histoire de cette guerre sans fin, et le plus important, on s’amuse vraiment lors des phases de combat.

Il faut par contre avouer que le jeu a plutôt mal vieilli, en plus d’être dépassé dans tous les domaines par des jeux plus récents. Ceci le rend maintenant très peu attrayant pour des gens qui n’y ont pas joué à l’époque. Et seul des joueurs curieux de connaître la genèse de cette saga ou de la revivre pourront passer plus de trente minutes de jeu.

Et plus si affinités

Il existe deux extensions pour ce jeu. Elles s’appellent Secret Missions 1 et Secret Missions 2. Elle mettent en place deux nouvelles campagnes. Ces extensions présentent chacune une bonne douzaine de missions et un défi beaucoup plus corsé.

Dans la première extension, le Tiger’s Claw partira à la poursuite d’un vaisseau amiral ennemi possédant une arme capable de raser des colonies planétaires, ceci en plein territoire ennemi. Même les pilotes les plus aguerris de votre escouade ne pensent pas revenir vivants de cette campagne. Les escadrons ennemis sont plus nombreux, et il devient vraiment difficile de réussir les objectifs sans devoir retourner à la base à cause de votre chasseur qui tombe en morceaux. Cette extension n’est pas la plus intéressante. Il n’y a aucun nouvel élément et les missions sont beaucoup moins variées que dans le jeu original.

Dans la deuxième extension, vous allez tenter de ruiner une grande opération kilrathi, qui pourrait toucher au moral de l’empire tout entier. Cette extension est plus intéressante sur tous les points. Premièrement parce qu’elle apporte plusieurs éléments de background dans l’univers. Vous allez découvrir que certains Kilrathis trahissent leur empereur mais que certains Humains se retournent également contre la confédération terrienne. Vous allez pouvoir piloter des vaisseaux ennemis capturés, vous permettant d’effectuer des missions furtives sans subir les attaques des chasseurs adverses. L’intelligence artificielle a été revue, vos coéquipiers sont légèrement meilleurs et vos adversaires aussi. Ceci permet de ne pas réutiliser le même subterfuge que dans la première extension (augmentation du nombre de chasseurs ennemis) pour augmenter la difficulté du jeu. Deux nouveaux vaisseaux ennemis font leur apparition. Et pour finir, les missions sont beaucoup plus variées avec, notamment, le grand retour des missions d’escorte, mais également la présence de missions d’infiltration.

Graphismes : 14/20

C’est bien foutu, mais la suite qui sortira un an plus tard fera beaucoup mieux sans être vraiment plus gourmande en ressources. A l’époque, le jeu était jouable à partir d’un 286 XT ou SX, devenait fluide à partir d’un 386 SX et presque trop rapide à partir d’un 386 DX. Le jeu ne possédait pas de limite de vitesse et devenait donc injouable sur des PC trop rapides. Avec Dosbox on peut contourner le problème en réglant la vitesse de l’émulation. Malheureusement, les choses n’étant pas parfaites avec Dosbox, il faudra parfois modifier la vitesse d’émulation selon les phases de jeu, en partie à cause de quelques ralentissements. Il faut noter également qu’Origin Systems a sorti plus tard une compilation des trois premiers épisodes de Wing Commander intitulée « The Kilrathi Saga », où les deux premiers épisodes ont été remaniés afin de bénéficier d’une vitesse fixe quelle que soit la vitesse de votre PC.

Son : 12/20

C’est correct, mais des bugs aléatoires gâchent un peu le tout. De plus les bruitages sont vraiment curieux, notamment ceux des canons, mais cela ajoute un côté kitch.

Scénario : 16/20

C’est du grand sitcom spatial avec des protagonistes caricaturaux et un univers plutôt fouillé. Vous aurez de l’humour, des pleurs et du sang.

Jouabilité : 14/20

C’est du tout bon sauf pour les petit problèmes de collisions. Attention toutefois, ce jeu est assez exigeant, surtout dans les extensions. Vous pouvez jouer à la souris, au joystick ou au clavier.

Durée de vie : 16/20

Le jeu est assez long, mais surtout vous pourrez refaire la campagne principale sans jamais suivre la même route dans l’arbre des missions. Vous pouvez même faire exprès de perdre afin de voir le dénouement de défaite.

Général : 16/20

Tout est dit. Ce jeu a marqué son époque. Il a mal vieilli, mais à l’époque, quelle épopée spatiale.

Rejouabilité : 8/20

Difficile d’y retourner après presque vingt ans. Seuls les fans de l’époque ou les fans de la série ayant raté cet épisode arriveront à tenir plus de trente minutes devant l’écran, principalement à cause des défauts de collisions et de la jouabilité particulière par rapport à des titres plus récents.

Wing Commander