Return to Castle Wolfenstein est un jeu vidéo PC publié par Activisionen 2001 .

  • 2001
  • First Person Shooter (FPS)

Test du jeu vidéo Return to Castle Wolfenstein

4.5/5 — Exceptionnel ! par

S’il est un jeu qui méritait d’être relooké et amené aux normes techniques du XXIème siècle, c’est bien Wolfenstein. Véritable père fondateur du FPS, Wolfenstein amena en son temps toute une génération de joueurs à la lumineuse conclusion que flinguer un ennemi en face à face, ça avait tout de même une autre gueule et ça nécessitait une autre implication mentale que les flinguer avec un petit tas de pixels cuirassés représenté de profil. Quinze ans plus tard, personne n’a rien inventé de mieux pour encadrer les pulsions meurtrières du mâle occidental moyen. Sorti dix ans après son illustre ancêtre, Return to Castle Wolfenstein n’était pas voué à causer le même bouleversement technique que celui-ci (ni à susciter la même opprobre et les mêmes grotesques soupçons de « sympathie nazie ») mais simplement à convaincre une nouvelle génération de joueurs que la seconde guerre mondiale - même revue et corrigée par Robert Heinlein et Marion Zimmer Bradley - était un terrain de jeu aussi intéressant qu’un vaisseau spatial pour crapahuter, fusil à l’épaule, à la recherche d’un truc qui s’obstinerait à essayer de respirer dans votre périmètre. Parce qu’on dira ce qu’on veut mais les Nazis et la pseudo-mythologie occulte qui les entoure, c’est un sujet vendeur ou je ne m’y connais pas en romans de série Z ! Il semble en tout cas qu’au niveau de la période historique, l’objectif ait été atteint au vu du succès des Medal of Honor et autre Call of Duty, sortis par après.

Le scénario de base n’a guère changé : il a simplement été affiné. L’agent Blaskowicz, l’un des plus brillants agents spéciaux des Alliés, a été capturé par les Allemands alors qu’il espionnait les fouilles archéologiques menées par la division paranormale de la SS au pied du château Wolfenstein. Détenu dans les cachots de la forteresse, sa première mission va être de s’évader de sa prison et de faire cesser ces fouilles, quoi qu’il en coûte. A ces tendances occultes viendra se mêler une autre opération secrète. Blaskowicz mènera l’enquête – ce qui, plus prosaïquement, signifie qu’il va annihiler d’entières bases nazies et tous leurs occupants – sur les recherches confidentielles menées par le général Wilhelm Strasser. Ce nazi convaincu mènerait, au plus profond des montagnes de Norvège, des expériences mêlant biologie et cybernétique afin de créer des « Über-Soldaten » véritables machines à tuer dévouées corps et âme à la victoire du Reich. Sur la fin, on découvrira que les Über-Soldaten ne sont eux-mêmes qu’une pièce du vaste puzzle élaboré par le Reichsführer Himmler, dont l’objectif mystique est de ressusciter Heinrich Ier, un terrifiant guerrier germanique des temps anciens.

Il n’existe pas cinquante façons de présenter le contenu d’un FPS, surtout lorsqu’il est aussi basique que celui-ci. Les trois questions essentielles que doit se poser le joueur sont « Avec quoi je vais tirer ? », « Dans quel cadre je vais tirer ? » et « Sur quoi je vais tirer ? ». Commençons par les armes : elles sont de facture classique pour un jeu se déroulant durant la seconde guerre mondiale : on découvrira ainsi plusieurs types de revolver, de mitraillettes, de fusil à lunette et de grenades, ainsi qu’un lance-flammes (fendard à mort celui-là, du moins si on aime voir des soldats se tordre de douleur dans les flammes) et l’inévitable Panzerfaust. Vu les nombreux clins d’œil à la science-fiction présents dans le scénario, on notera également quelques armes avant-gardistes pour l’époque, comme un Minigun à la puissance de feu sans égale, et un canon « Tesla » à impulsions électriques. La seule véritable originalité à ce niveau tient au risque de surchauffe de certaines armes, qui auront tendance à s’enrayer subitement si on tire comme une brute sans s’arrêter.

Les missions, ensuite. Quelques missions font appel à l’infiltration et à la discrétion (par exemple, pénétrer dans une base sans que l’alarme se déclenche ou exécuter cinq hauts gradés SS dans un petit village sans vous faire repérer) ; d’autres présentent un principe relativement original (précéder un tank dans une ville bombardée, et s’assurer que tous les porteurs de Panzerfaust retranchés dans les ruines soient éliminés avant le passage du blindé). Mais dans l’ensemble, Wolfenstein reste tout de même sacrément bourrin. Il suffit généralement de courir comme un dératé à travers le niveau, de buter tout ce qui tente de faire opposition, de poser une charge ou d’actionner un levier et de continuer ainsi jusqu’au terme de la mission.

Les adversaires, enfin. 75 % d’entre eux sont de simples troupiers de la Wehrmacht. Mais là aussi, Wolfenstein innovait pour l’époque. S’ils sont tous habillés de vert-de-gris, les Teutons n’ont pas tous la même tête : il y en a des casqués, des tête nue, des barbus, des mal rasés, des blonds, des bruns, … C’est quand même nettement plus drôle quand on a l’impression que les zigues dont on explose la cervelle possèdent chacun leur individualité, non ? Bon, je vais me calmer, je commence à causer comme un sociopathe. Hormis les pious-pious d’outre-Rhin, on rencontrera également des commandos féminines toutes droit sorties d’un Gérard De Villiers, des militaires plus spécialisés (grenadiers, porteurs de lance-flammes, …) et des Über-Soldaten aux différents stades de leur fabrication. Sans oublier une poignée de morts-vivants, guerriers antiques putréfiés et autres momies incendiaires. Les missions où ces créatures apparaissent - le plus souvent en jaillissant du sol ou d’une tombe - figurent parmi les plus réussies du jeu : le facteur stress y est à son comble et les catacombes où elles résident sont truffées de pièges sournois qui n’auraient pas dépareillé dans un film d’Indiana Jones.

Réalisation graphique :

Comparé à ce qui se fait aujourd’hui, Return to Castle Wolfenstein a quelque peu perdu de sa superbe, avec des textures souvent sommaires, une architecture géométrique pour la majeure partie des bâtiments et des adversaires qui ne se déplacent pas toujours de façon très crédible. Néanmoins, en 2001, il tenait son rang tout à fait correctement, à défaut d’être le soft le plus impressionnant du moment. Certaines missions offrent malgré tout des environnements très détaillés et des effets de lumière impressionnants (les catacombes, la cathédrale, la ville bombardée, le château baroque dans les derniers stages), les autres se contentent de présenter un design très austère finalement assez représentatif des forteresses et autre blockhaus dans lesquels on passera une bonne partie du jeu. En contrepartie de cette relative simplicité graphique, Wolfenstein tourne sur des configurations relativement modestes et, plutôt que de tout miser sur la technique, il soigne l’atmosphère des différents lieux visités. De ce point de vue là, les catacombes sont un parfait exemple de la manière dont il faut concevoir un mission réussie : vous flipperez à mort à parcourir prudemment ces sinistres galeries médiévales envahies de brume, guettant l’apparition des zombies en armure et autres joyeusetés enfouies. On notera aussi, pour le clin d’œil, le retour des bonus déjà présents dans l’antique Wolfenstein 3D (babioles dorées, poulet roti, etc.).

Jouabilité / difficulté

Rien à redire, voilà une jouabilité standard de FPS, précise, ergonomique et sans faiblesses majeures. Return to Castle Wolfenstein est cependant assez facile à terminer. A ce moment, il vous restera tout de même à épuiser les joies du mode multijoueur, lui aussi classique mais bien fichu et proposant suffisamment de modes de jeu différents pour qu’il n’y ait rien à lui reprocher.

Son

Bruitages efficaces et réalistes, doublage plus ou moins convaincant, musiques martiales dans les cas où l’action devient chaude. Rien d’extraordinaire mais une bonne atmosphère globale. Dommage que les soldats allemands s’expriment en français. En plus, avec l’accent qu’on leur a refilé, les dialogues ressemblent parfois dangereusement à ceux de Papa Schultz.

En bref : 18/20

Sans révolutionner quoi que ce soit au genre, Return to Castle Wolfenstein est un FPS de très bonne qualité dont l’atmosphère très réussie parvient à faire oublier le gameplay primaire et la réalisation parfois un peu trop sobre. Son principal défaut provient de sa grande facilité mais c’est à peu près le lot de tous les FPS « à grand spectacle ». D’ailleurs, Return to Castle Wolfenstein fut, à mon sens, l’un des premiers FPS « Hollywoodiens » de nouvelle génération, mêlant objectifs précis à remplir, scénario plus élaboré que la moyenne et événements scriptés pour assurer les rebondissements et la continuité du spectacle. Malgré quelques missions un peu plus ennuyeuses, on ne s’ennuie pas une seconde à casser du Hun et du zombie. Le dosage entre bourrinage et infiltration est appréciable même si le premier concept se taille évidemment la part du lion. Surtout, grâce à son ambiance au top niveau, Wolfenstein offre une replay-value assez élevé : tenter l’aventure dans les modes de difficulté supérieurs s’avère tout simplement passionnant, ce qui n’est pas aussi fréquent qu’on pourrait le penser dans les FPS…

Return to Castle Wolfenstein