Europa Universalis 1492-1792 est un jeu vidéo PC publié par N/Cen 2000 .

  • 2000
  • Simulation

Test du jeu vidéo Europa Universalis 1492-1792

4.5/5 — Exceptionnel ! par

Vous êtes fan de Civilization ? Vous adorez l’uchronie ? Vous êtes intimement persuadés que si on avait fait appel à vous à ce moment là, Jacques Cartier aurait découvert l’Amérique et on parlerait français à Londres, à Rome et à Washington ? Et surtout, vous avez quelques semaines libres devant vous ? Si vous avez répondu « oui » à ces quatre questions, Europa Universalis est conçu pour vous, rien que pour vous. Mais prenez garde : si vous prenez réellement le temps de vous y plonger, de passer outre sa sécheresse visuelle et d’intérioriser les multiples détails de son gameplay, vous êtes tout simplement foutu. Des jours, des nuits, des semaines à réécrire l’histoire vous attendent. Oui oui, pire qu’avec Civilization !

Grossièrement, on va dire qu’Europa Universalis vous permet de gérer tous les aspects d’une nation européenne sur une période allant de quelques années à trois siècles, en fonction du scénario que vous choisirez parmi la dizaine que propose le jeu, tout cela afin d’obtenir le meilleur score et le meilleur graphique d’évolution en fin de partie. Le plus imposant de ces scénarios est sans conteste la bien nommée « Grande Campagne », qui vous propose tout simplement de prendre en main la destinée d’une des grandes nations européennes et de guider cette nation de 1492 à 1792. Ces nations sont la France, l’Angleterre, l’Espagne, le Portugal, l’Autriche, la Russie, l’Empire Ottoman et la Pologne-Lituanie. A noter que toutes ces nations ne démarrent pas la partie à égalité, mais chacune possède ses avantages et ses inconvénients, en fonction de leur situation réelle en 1492. Par exemple, la France démarre avec un grand nombre de provinces, très peuplées et riches en ressources pour la majeure partie d’entre elles, mais ses relations politiques avec les autres joueurs sont déplorables et le grand nombre de fronts potentiels en fait un territoire délicat à défendre. A l’inverse, le Portugal est composé de trois malheureuses provinces très peu peuplées mais, pour autant que vous entreteniez des relations cordiales avec le voisin espagnol, vous n’avez pas grand-chose à craindre pour votre intégrité territoriale.

Les grandes nations ne peuvent être anéanties : elles peuvent être réduites à peau de chagrin, occupées par des troupes étrangères, pillées et dévastées… il n’empêche qu’elles seront toujours là, et que leur score sera immanquablement calculé à la fin de la partie. Hormis ces nations principales, Europa Universalis présente la totalité des petits royaumes, républiques urbaines et autres principautés croupion qui constituaient la géopolitique européenne de la Renaissance : Royaume de Hongrie ou de Navarre, République de Venise, de Gènes ou de Toscane, Etats Pontificaux, Ecosse, Etats teutoniques, principauté de Hesse, Monténégro, Malte (sous la domination de l’ordre Hospitalier) etc… Au contraire des grandes nations jouables, ces territoires, au gré des circonstances, peuvent être vaincus, conquis ou asservis et disparaître purement et simplement de la partie. On trouve aussi d’autres nations unifiées à l’extérieur de l’Europe (en Inde, en Chine et au Maghreb notamment). Quant aux territoires qui bordent les côtes de l’Afrique et du Nouveau-Monde, ils sont peuplés par des tribus plus ou moins importantes et plus ou moins amicales. Toute la partie se déroulera en temps réel. Il est cependant possible régler la vitesse de déroulement du temps à volonté, soit pour que le temps passe plus vite, soit pour atteindre pratiquement l’équivalent d’une mise en pause (cinq minutes par mois qui passe ; autant dire qu’on a le temps de se livrer à quelques exercices d’assouplissements en regardant ses petits soldats se battre). Un des grands points forts d’Europa Universalis est sa fidélité à la réalité historique : quel que soit la manière dont vous jouez, Louis XIV mourra toujours en 1715, les Anglais deviendront anglicans sous le règne d’Henry VIII et le traité de Tordesillas partagera théoriquement le Nouveau Monde entre l’Espagne et le Portugal. Loin de limiter les possibilités d’action, cet esprit très historique dote le jeu d’une assise solide et n’autorise pas les fantaisies à la Sid Meier, qui voyaient par exemple des Chinois lancer une bombe atomique sur Tenochtitlan en 1678.

Hormis cette campagne monumentale, Europa Universalis propose également une dizaine de scénario plus circonscrits dans le temps, qui mettent parfois aux prises d’autres protagonistes que ceux de la Grande Campagne. Par exemple, le « temps des révolutions » (fin du XVIIIème siècle) verra les Etats-Unis s’ajouter aux nations d’Europe tandis la Grande Guerre du Nord et la Guerre de Trente Ans permettront également de jouer avec la Suède et le Danemark. Parmi les autres missions, on signalera la Guerre de Succession d’Espagne, la guerre d’indépendance américaine ou encore, le troisième partage de la Pologne. Certains de ces scénarios vous inciteront simplement à viser un score élevé, à l’instar de la Grande Campagne, mais en démarrant avec une configuration différente. D’autres vous assigneront des objectifs clairs, comme forcer telle ou telle nation adverse à signer un traité de paix, s’emparer de telle ou telle province, ou conserver telle ou telle province.

Soyons clairs : ce test n’a pas pour vocation d’être exhaustif - 50 pages n’y suffiraient pas - mais simplement de vous donner une vague idée des milles et une richesses que recèle Europa Universalis, au travers de quelques exemples choisis. Commençons tout de suite par annoncer la couleur (ce qui ne manquera pas de faire renifler de mépris les hardcore gamers et fanatiques de STR) : dans Europa Universalis, la mégalomanie guerrière n’est pas de mise. Les Attila en herbe peuvent de suite aller se rhabiller, le subtil jeu des alliances et de la diplomatie rendant cette optique intenable à moyen terme. Si la conquête est un moyen comme un autre d’augmenter son score, il serait stupide de tout miser sur la seule force militaire, alors que la puissance économique, le jeu diplomatique, l’usage opportuniste de la religion et la croissance démographique sont tout autant, si pas plus, garants d’un score élevé. Le système de calcul du score est complexe et, pour peu que vous ayez totalement négligé l’économie et la colonisation, vous pourrez très bien vous retrouver classé plus bas, avec une France ayant doublé sa superficie, qu’avec un Portugal dominant l’économie européenne et possédant comptoirs et colonies sur les cinq continents. De temps à autre, le jeu vous fixera également des objectifs à atteindre dans un certain laps de temps. Il peut s’agir d’implanter un comptoir ou une colonie dans un territoire d’outre-mer, de contracter une alliance avec telle ou telle nation ou de vous ménager ses bonnes grâces en vue d’un futur mariage avec l’hériter(e) du trône étranger. Si vous parvenez à réussir la mission qui vous est assignée, vous serez récompensé par un bonus qui augmentera votre score final. En fait, l’esprit dominant d’Europa Universalis semble être « Faîtes de votre mieux ». Si le score élevé est un objectif louable, le simple fait de pouvoir constater jusqu’où VOUS auriez pu emmener une nation si quelqu’un avait eu la bonne idée de vous nommer Roy de droit divin est déjà une récompense en soi. Le respect de la crédibilité historique affiché par Europa Universalis le rend plus amusant, de ce point de vue là, que Civilization.

Si Europa Universalis permet une gestion macroénomique (par la prise de contrôle des marchés étrangers grâce à l’envoi de marchands sur les différentes places commerciales européennes), il propose également un gestion « microéconomique » des différentes provinces de votre nation, relativement similaire à ce qu’on connaissait dans Civilization (en plus simplifié néanmoins). Chaque province dispose d’une ressource particulière (poissons, vin, fer, esclaves, étain, etc.). Les rentrées financières générées par ces ressources peuvent être réinvesties dans plusieurs domaines : la technologie terrestre vous permettra d’améliorer les performances de vos armées. La technologie maritime permettra à vos navires de voyager de plus en plus loin sur l’océan sans encourir de pertes. La stabilité vous offrira un meilleur contrôle sur vos citoyens et une meilleure résistance aux aléas politiques ou religieux de l’histoire. Le niveau commercial améliore votre commerce extérieur et vous offre une meilleure position sur les marchés internationaux (ce qui va jusqu’à vous permettre d’acquérir un monopole ou de décréter un embargo). Enfin, les infrastructures vous permettent de construire divers aménagements dans vos villes principales, qu’il s’agisse de murailles pour repousser les ennemis ou de mairies pour maximiser la collecte des impôts. Votre niveau d’avancement dans chacun de ces domaines contribuera également à votre score final (en plus de vous aider dans votre gestion au quotidien).

Si vous n’aimez pas investir votre or dans des canons ou de la cavalerie, Europa Universalis permet une gestion de la diplomatie si poussée qu’il sera possible, en manoeuvrant avec doigté, de rester à l’écart de la plupart des conflits intra-européens. L’un des éléments les plus importants à prendre en compte dans les négociations d’Etat à Etat est la religion. Au départ, la majeure partie des nations est catholique (on compte aussi quelques orthodoxes et un empire musulman). Mais la Réforme jettera bien vite la dissension dans la Chrétienté. En fonction de votre position sur le grand échiquier européen, à vous de faire votre choix. Il faut savoir que déclencher une guerre spontanée contre une nation de la même confession que la vôtre affectera la stabilité de votre empire (ce qui n’est pas le cas quand vous agressez un « infidèle »). En revanche, si vous manoeuvrez suffisamment habilement pour que votre agression ait l’air d’un acte de légitime défense (en cas d’embargo à votre encontre par exemple), votre expansionnisme sera totalement justifié au regard de l’opinion internationale. Au sein d’un même empire, plusieurs religions peuvent néanmoins cohabiter, si tel est votre souhait. Le choix de la Religion officielle vous appartient quoi qu’il arrive. Par exemple, si vous décidez d’embrasser la foi protestante, vos relations avec les nations catholiques en pâtiront sérieusement. D’un autre côté, un tel choix vous permettra de confisquer les biens de l’Eglise. Hé oui, dans Europa Universalis, tout se calcule, tout se monnaie et chaque action, même les plus anodines, aura des répercussions sur l’ensemble des forces en présence. C’est une des plus grandes forces d’Europa Universalis que de conserver une cohérence historique et un réalisme total en toutes circonstances.

Réalisation graphique :

Voici peut-être la caractéristique qui rebutera directement un grand nombre de joueurs. Europa Universalis est moche ! Ou plutôt, il ne fait aucun effort pour aguicher le joueur. Tout ce à quoi vous aurez droit, ce sera une carte du monde (l’Afrique centrale, l’Océanie et l’Asie centrale restant dans l’ombre) découpée en nations et en provinces, et c’est tout. Même les provinces n’ont comme seule caractéristique visuelle que leur nom, leur capitale et leur ressource principale. C’est propre, clair et lisible mais certainement pas « beau ». Europa Universalis permet de visualiser cette carte sous l’angle politique, religieux, économique, militaire… mais une carte reste une carte finalement. Rien à signaler non plus pour les « gadgets ». Les soldats se ressemblent tous (seuls la couleur de leur uniforme et leur bannière les différencient les uns des autres), les villes se ressemblent toutes, les navires ont tous la même allure. Pas la peine de pleurnicher, vous êtes là pour vivre l’Histoire avec un grand H… vous n’auriez tout de même pas souhaité être distrait par de petites vagues sur les côtes, des petits oiseaux qui traversent la carte, de la végétation adaptée aux différentes régions du monde ? Si ? Ca aurait tout de même été sympa ? Oui… c’est peut-être vrai finalement…

Jouabilité / difficulté

Tout dépend du temps que vous serez prêts à accorder à Europa Universalis. Pour vous donner un ordre de grandeur, considérez les notions d’économie et de diplomatie de Civilization et multipliez leur complexité par dix ! Dans Europa Universalis, vous gérerez les mariages princiers, lettres de créances et autres échanges d’ambassadeurs de la main droite, consoliderez votre présence sur les marchés internationaux de la gauche et s’il vous reste encore des doigts et des orteils inutilisés, vous pourrez peut-être songer à établir des colonies ou à envahir le voisin ! Avec Civilization ou tout autre jeu du même acabit, vous pouviez raisonnablement assimiler les principaux mécanismes du jeu en une ou deux parties. Avec Europe Universalis, il vous faudra une bonne semaine de jeu assidu pour gérer le tout avec efficacité. La jouabilité est donc de qualité, les menus sont clairs…mais leur nombre effroyable et la masse d’événements à gérer simultanément donne parfois envie de renoncer avant même de bien maîtriser le jeu.

Son

Bruitages larvaires, musique répétitive et casse-pied : ici aussi, Europa Universalis ne fait pas dans la séduction torride.

En bref :18/20

Europa Universalis est à Civilization (et aux simulations d’empire au sens large) ce que Colin McRae Rally est à OutRun. Si vous êtes un joueur occasionnel, un mordu de jeux d’action ou un impatient chronique, laissez tomber tout de suite : Europa Universalis réclame un investissement dont peu d’autres jeux peuvent se targuer. Dépourvu d’appâts techniques et d’une complexité redoutable, il ne s’agit pas d’un soft dont on peut se faire une partie en vitesse, entre deux activités plus sérieuses. En débutant une campagne, vous en aurez pour la nuit au minimum. Mais la richesse de ce soft est à la mesure de sa difficulté. Les joueurs patients et obstinés découvriront, à force d’efforts, des possibilités sans équivalent dans l’univers des jeux de gestion. Finalement assez peu populaire, Europa Universalis a comme principal défaut d’être réservé à une élite de passionnés mais bordel, quel jeu..!

Europa Universalis 1492-1792