Shadow of the Beast est un jeu vidéo Megadrive publié par Electronic Artsen 1991 .

  • 1991
  • Action

Test du jeu vidéo Shadow of the Beast

3/5 — Très bien par

A l’origine un jeu développé par Reflections pour Psygnosis, Shadow of the Beast s’est imposé dans sa première version sur Amiga comme une véritable légende et comme un des titres emblématiques de cette plate-forme. En voici l’adaptation sur Megadrive.

Petit rappel de l’histoire pour ceux qui n’auraient pas lu le test de la version Amiga et qui ne connaîtraient pas ce jeu. L’action se situe dans un univers vaguement heroïc-fantasy à l’ambiance étrange et tourmentée à laquelle Psygnosis nous avait habitué à cette même époque (fin des années 80, début des années 90). Vous incarnez un guerrier-esclave au service de la « magocratie » de Necropolis, qui dirige le pays d’une main de fer. Véritable bête de somme à la puissance phénoménale, vous suiviez jusque là aveuglément les ordres de vos maîtres, fussent-ils les plus abjects… Il faut dire que votre intellect est inversement proportionnel à votre force : minime… Il vous en reste néanmoins suffisamment pour vous décider à vous rebeller lorsque vous apprenez votre réel passé, qui jusque là restait brumeux. En effet, il fut une époque où vous étiez bel et bien un être humain, victime des expériences « scientifiques » et magiques des mages qui ont fait de vous ce que vous êtes : une bête (d’où le titre « l’ombre de la bête »). Mais l’heure de la vengeance a sonné et c’est la Lex Talionis que vos poings serviront désormais.

Le décor étant planté, reste à parler du titre en lui même, en fait un jeu d’arcade très orienté beat’em up avec un soupçon de plates-formes. Manipulant la bête selon une vue latérale classique, il vous faudra lui faire arpenter divers lieux afin de l’aider à se frayer son chemin jusqu’au maître des mages (basiquement, le gros bill). Ainsi on traversera une campagne avec en fond des montagnes tourmentées, de sombres cavernes ou encore une forteresse. Quelques éléments d’aventure viennent se greffer là-dessus, même s’ils restent très basiques : niveaux intérieurs labyrinthiques, de temps à autre un objet, une clef à trouver ou un levier à actionner mais ces éléments restent de l’ordre de l’anecdotique.

Bien entendu, tous ces lieux ne sont guère amicaux, notamment à cause de leurs habitants, créatures des plus étranges dans le style inimitable des jeux de Psygnosis comme Agony et autres, qui vous sont théoriquement hostiles. Théoriquement parce qu’en fait ils avancent tout droit, ne faisant absolument pas attention à votre présence. Bref leur emplacement est totalement scripté à la base et leurs mouvements d’une simplicité extrême. Vous allez me dire que c’est le cas dans nombre de jeux anciens, et vous aurez raison, mais cet état de fait se fait particulièrement sentir dans Beast, et de manière très négative.

Pour vous défendre, vous disposerez principalement de vos poings, même s’il est possible de faire un coup de pied sauté. Mis à part les boss, 99% des créatures s’effondreront au bout d’un seul coup. Les boss s’ils sont de belle taille et d’une esthétique très soignée sont très peu animés, en fait seule une partie l’est en général. Occasionnellement, vous aurez accès à de nouvelles armes, comme la possibilité de tirer de l’énergie sur vos ennemis, cette capacité vous accompagnant jusqu’à la défaite du boss à venir (et ne servant en réalité qu’à cela). Plus tard on mettra la main sur une espèce de bazooka qui vous accompagnera durant une phase de shoot’em up horizontal, une fois un jet-pack acquis.

En réalité, l’action de Shadow of the Beast est extrêmement simple. Le jeu est tellement scripté que tout n’est qu’affaire de mémorisation des ennemis et surtout de timing, de synchronisation des gestes. Une demi seconde de retard ou d’avance dans vos réactions et ce sont quelques uns de vos points de vie qui s’envolent. A la limite, je ne serais pas étonné que le jeu puisse se jouer totalement en aveugle par quelqu’un qui le connaîtrait par coeur et j’exagère à peine! Il n’empêche que le jeu est dur, terriblement dur, malgré le fait qu’il soit court, d’autant qu’on a en tout et pour tout qu’une seule vie (avec 12 points de vie), et pas de crédits. Et oui, une fois mort, on est bon pour tout recommencer… La version Megadrive est néanmoins nettement plus abordable que la version Amiga (dont on peut légitimement se demander s’il est possible de le finir sans tricher ou utiliser les sauvegardes de WinUAE) : bien que cette version reste fidèle à l’original, les ennemis sont un peu moins nombreux et moins difficiles à appréhender. Il n’en reste pas moins que ça reste un challenge.

Bon ce tableau n’est pas très idyllique… Sans aucun doute vous demandez vous ce qui a fait que Beast soit un jeu mythique, au moins pour l’Amiga! Et bien sa réalisation tout simplement. Sur Amiga, le jeu était magnifique, dépassant de loin tout ce qu’on avait pu voir jusqu’alors sur ordinateurs et consoles (j’exclus l’arcade), tant au niveau technique qu’esthétique. Cette version Megadrive conserve l’esthétique, si particulière du jeu et qui lui donne cette ambiance exceptionnelle, à peu près intacte mais la réalisation technique est nettement en deçà de la version sur l’ordinateur de Commodore. Graphiquement, on remarque surtout le fait que le jeu soit nettement moins coloré. En effet, des 128 couleurs simultanées de la version Amiga, on tombe à 32 couleurs. Disparaissent aussi de nombreux détails graphiques plus ou moins visibles ainsi que l’image d’introduction en mode EHB. Néanmoins la version Megadrive reste graphiquement tout à fait correcte et proche de son original. A noter que la version japonaise, sortie après la version américaine (jeu occidental oblige) est nettement plus soignée au niveau graphique, avec des couleurs plus vives et des détails graphiques supplémentaires. La bête elle-même a été redessinée et est plus proche de la version PC Engine alors que le héros sur Megadrive européenne et Genesis américaine reste comparable à son équivalent sur ordinateurs. Au niveau de l’animation, on retrouve le principal : une animation fluide et rapide, avec un scrolling en parallaxe qui donne une bonne impression de profondeur, même si le nombre de niveaux reste inférieur à l’original. C’est surtout au niveau sonore que la différence est visible. Il est évident que les développeurs de cette version Sega se sont complètement plantés lors du ré-échantillonnage des superbes musiques de David Whittaker : celles-ci désormais crachent et saturent effroyablement, ce qui est vraiment dommage, tant leur composition était admirable!

Que peut on conclure de cette adaptation? Fidèle à l’original tout en lui étant techniquement inférieure, Shadow of the Beast reste au niveau du gameplay ce qu’il a toujours été malgré une difficulté décrue : un jeu court, à l’intérêt faible. C’est donc une adaptation convenable quoiqu’on ne puisse pas dire qu’elle exploite la console de Sega dans ses retranchements (loin de là), notamment au niveau sonore. Cela est loin de suffire pour refaire de Beast, au final plus une démonstration technique qu’autre chose, un hit. On s’orientera de préférence vers la version japonaise, plus jolie, les quelques textes n’ayant aucune incidence sur la compréhension du jeu.

Shadow of the Beast